Carnet de vie...

Enfant... Je rêvais de voler ?

Lire un carnet de vie sur Internet, c’est peut-être surprenant. Mais pourquoi pas ? Puisse ce carnet de vie comme le mien, (j'ai 83 ans) faire réfléchir qu'il ne faut jamais jeter le manche après la cognée. Je pense être un exemple qui devrait être suivi par tous ceux que je vois pleurer sur leur sort de ne pas avoir prévu ou su prévoir leur situation dans le futur même après un départ raté. Ou même pendant des années au même endroit. Il est souvent dit, "pierre qui roule n'amasse pas mousse" mais rester les deux pieds dans le même sabot, ne facilite pas l'avancement ???

"C'est en se cassant la figure qu'on apprend à tenir debout".

Le monde étant ce qu'il est, les différences entre les êtres humains étant si profondes, je trouve bon que les autobiographies de ceux, nombreux, qui ont eu à souffrir des comportements de leurs semblables, connu des difficultés et en connaissent toujours, le fassent savoir à ceux que ces difficultés de la vie ont épargnés.

Les injustices me font détester ce monde dominé par les institutions de toutes sortes – éducation, religions, partis politiques etc. – dirigées par des fanatiques qui profitent des faiblesses des êtres humains.

Vous aurez un aperçu de ce que j’en pense en lisant les réflexions qui suivent mon histoire.

Cette histoire, c'est l'histoire de ma vie, l’histoire d’un petit garçon que j'étais, élevé dans une famille nombreuse, qui a connu la misère, en Normandie, avant, pendant et après la guerre 39/45, qui n’a jamais accepté de se soumettre à la fatalité et à l’injustice. Si mon enfance a été faite de peines, de drames, de privations, de frustrations, elle a aussi été faite de joies. Et même de rêve : celui d’un enfant qui, assis sur le parapet d’un pont où il se grisait à sentir passer les trains, a longtemps rêvé de voler. Et maintenant, à 60 ans, il vole !

MA MÈRE

Voici la photo de ma mère, elle avait 32 ans elle tient mon frère Bernard dans ces bras. Bernard qui sera placé à son nom.

 

Je suis né le 6 octobre 1930, quatrième d’une famille de sept enfants. Notre vie, celle des parents comme celle des enfants, a été très dure, comparée à d’autres, car c’est la misère qui a été notre lot quotidien. C’est ainsi que, parmi les premières impressions que j’ai ressenties, j’ai pris conscience que nous étions comme les autres enfants, mais aussi différents.

Aux dires de ma mère, les premiers mois de mon existence n’ont pas été roses. J’ai été longtemps malade, et elle me voyait, jour après jour, plutôt mort que vivant. Elle m'a raconté que, de peur de me retrouver mort dans mon berceau, elle me portait dans ses bras et me donnait le sein le plus souvent possible. Pourtant, elle avait son travail et trois autres enfants. Mais j’ai tenu le coup ! Enfin ma mère ma fait tenir le coup. D’après ma mère, j’ai marché à vingt-trois mois. Je devais être un mignon petit garçon, avec mes boucles blondes et malgré mon visage si criblé de taches de rousseurs qu’on me suspectait d'être tombé dans la " pouc à son ", c'est-à-dire un sac de jute dans lequel on met l’enveloppe du blé.

J’ai très peu de renseignements sur la jeunesse de mes parents, mais voilà ma mère à environ 32 ans. Elle tient dans ses bras le dernier de la famille pour le moment, c'est mon frère Bernard

Ma mère est née le 3 mai 1904 à Méautis, dans la Manche. Elle avait deux frères et une sœur, mais je ne me souviens plus de sa place dans le rang des naissances. Je sais, en revanche, qu’un de ses frères est mort des suites de blessures dues à une rafale de mitraillette pendant l’occupation allemande. Pourquoi a-t-il été mitraillé ? Je ne l’ai jamais su. Il est rentré chez lui et s’est éteint quelques jours plus tard. Son autre frère est mort assez jeune, lui aussi, après la guerre, par abus d’alcool comme beaucoup hélas ! Des membres de notre espèce.

Ma mère n’a pas eu une enfance très heureuse, car je pense que ce sont les difficultés de la vie et des conditions de travail dans certaines corporations qui l’ont privée de bonheur. Heureusement, dans bien des domaines, ces conditions se sont améliorées. Ma mère nous racontait ses souffrances. Très tôt dans son adolescence, elle accompagnait son père, surtout en hiver, qui ramassait des bidons de lait dans les fermes — que nous appelons maintenant " exploitations agricoles ". Elle l’aidait à trouver les bidons à l’entrée des champs, en l’absence des paysans — les " exploitants agricoles " — qui trayaient leurs vaches directement dans les prés et pas toujours dans les mêmes champs, en sorte que ces bidons se trouvaient dans des endroit différents d’une semaine à l’autre. La période pendant laquelle ils trayaient leurs vaches à l’étable, entre le 15 janvier et le 1er avril, était moins pénible pour son père.

Ramasseur de bidons de lait, il effectuait ses tournées avec une charrette attelée d’un cheval, qu’il conduisait à l’établissement où on fabriquait des produits laitiers. Si ma mère devait l’accompagner, c’est qu’il y voyait très mal, surtout dans l’obscurité. Il était atteint de rétinite pigmentaire. D'ailleurs, il est mort aveugle. C’est certainement par hérédité que deux de mes frères et une de mes sœurs ont été affectés, depuis leur naissance, d’une maladie des yeux. Je parlerait de mes deux frères et de ma soeur un peut plus loin.

Ma mère était, comme on dit, " sans profession ". Pourtant, elle a travaillé dur toute sa vie, ce qui ne l’a pas empêchée de mettre au monde et d’élever sept enfants. Pendant que nous habitions le hameau de Paumenauque, (Auprès de Carentant dans la Manche) elle travaillait dans une fabrique de produits laitiers, à neuf kilomètres de la maison, ce qui lui faisait un long trajet. Elle a parfois dû s’y rendre à pied. Je comprends maintenant pourquoi elle était si souvent absente de la maison.

Elle s’est éteinte alors qu’elle allait avoir 93 ans, je crois avec une certaine tranquillité, pensant à la dernière de ses filles, Thérèse, morte un an plus tôt, après avoir beaucoup souffert.

Suite...

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